14 mai
(1er juillet pour la rédaction)
C’est le grand jour ! Pas pour Yannick et moi, mais pour Virginie, la fille du parrain de Yannick, et son fiancé Florian : les deux tourtereaux, qui se connaissent depuis la petite école, mais que je ne connais pas du tout (pas encore), unissent leurs destinées le samedi 14. Pour moi, c’est non seulement la chance de voir un mariage français typique, mais c’est aussi l’occasion de faire la connaissance des mariés, de faire un tour en campagne parisienne, de rencontrer le parrain et les meilleurs amis du papa de Yannick, de faire une sortie en belle-famille avec la belle-maman et la belle-sœur… et de marcher en belle robe aux bras de mon bel amoureux vêtu d’un beau complet !
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Lorsque j’entends que nous nous dirigeons vers Lisses, je dois faire répéter plusieurs fois mes interlocuteurs. Lisses ? Vraiment ? Pour moi, Lisses, c’est le fond de la baignoire, c’est la peau d’un bébé, c’est une patinoire fraichement zamboni-fiée, c’est une petite roche polie par le va-et-vient des vagues… c’est tout cela, mais ce n’est certainement pas un village ! Cependant, c’est bien là que l’on se dirige, vêtus de nos plus beaux habits…
Cela me fait du bien de m’éloigner un peu de Paris. J’y ai passé une semaine agréable, bien sûr, mais j’étais d’autant plus enthousiaste à l’idée de découvrir un nouvel endroit, de respirer de l’air un peu plus pur et de rencontrer des gens dont on m’avait tant parlé. Lisses est un petit village mignon, ou du moins, il paraît l’être : aussitôt sommes nous rentrés dans le village que nous nous stationnons déjà près de l’hôtel de ville. L’arrivée des futurs mariés étant imminente, nous n’avons pas le temps de faire un petit tour des rues environnantes.
| Yannick et moi à la mairie de Lisses |
En France, c’est à la mairie, et à la mairie seulement, qu’un mariage est officiel; à l’église, il n’a qu’une valeur symbolique et traditionnelle (et donc facultative). Au Québec, nous avons le choix entre le mariage civil ou le mariage religieux; les deux sont officiels. Je n’ai, pour ma part, vu que des mariages à l’église faits dans la tradition chrétienne catholique: je suis donc habituée à ce que tout se fasse dans l’ordre et dans le silence propres aux lieux saints. À la mairie de Lisses (un joli bâtiment blanc datant de 1842), une horde d’invités s’entasse tant bien que mal dans la salle préparée pour la cérémonie dès que la mairesse nous appelle à l’intérieur. Les gens rient, les bébés crient, et les retardataires pestent devant le manque de place. La mairesse doit supplier les gens de baisser le ton pour procéder à l’union du couple. Je suis un peu choquée par le fait que tout le monde parle et rit du début à la fin et ne prête même pas attention à la cérémonie… On me dit que c’est normal. Au Québec, les gens se taisent et écoutent; c’est la moindre des choses ! Mais bon, en France, j’imagine que quand l’on s’engage à être « présent » à un mariage, cet engagement se limite pour plusieurs à la présence physique. L’important, c’est qu’il fasse chaud et que la pièce soit bien peuplée, pour que les mariés sentent qu’ils étaient bien entourés! Dès que le mariage est prononcé, tout le monde s’exclame pour fêter le moment magique dont ils n’ont pas vu le déroulement. Je hausse les épaules et je me joins aux célébrations, retrouvant le sourire assez vite devant le comportement chaleureux des invités. Tout le monde se fait la bise, les félicitations fusent, les éclats de rire remplissent la pièce… Puis, hop ! Vite ! À l’église ! Pas de temps à perdre.
L’église Saint-Germain est juste en face, entre quelques vieilles maisons en pierre des champs. Le bâtiment modeste mais fort impressionnant date du XV-XVIe ; son intérieur, qui comprend voûtes, vitraux colorés et anciens murs de pierre, me change des églises québécoises plus modernes, plus simples, pas encore réellement vieillies par le passage du temps. Le prêtre, qui tente d’accommoder la tendance traditionnelle de la jeune promise et les convictions différentes du jeune monsieur athée, fait un speech plutôt inhabituel, entrecoupé par les chants et les cris d’un jeune bambin qui s’amuse à découvrir la portée de sa voix dans le vieil édifice saint. La cérémonie religieuse n'en est pas moins belle pour autant. Après une heure de sages paroles du genre «Il faut s’aimer à travers nos différences; moi mon neveu s’est converti à l’islamisme», entrecoupées de «Ahhaaaaaa maaggwaawaaaa! La la la! Pouahah-lalouliiina!», nous sortons de l’église et, non conscients qu’il s’agit de la période des photos avec les mariés, Yannick, Christine, Anne et moi partons vers un hôtel non loin de là avec le cercle des meilleurs amis. Fait amusant, toutes leurs épouses s’appellent Brigitte !
| Viriginie et Florian - Lisses, 14 mai 2011 |
Nous rejoignons le groupe d’invités pour la réception après une heure de blagues et de partage de souvenirs et d’histoires. La fête se poursuit dans un vieux bâtiment à Saint-Fargeau-Ponthierry, nom que j’ai aussi fait répéter maintes fois, et qui, une fois compris, m’a inspiré la réplique: «Han, quossé ça, Saint-Fargeot (c’est comme cela que cela s’orthographiait dans ma tête)?» Réplique qui a elle-même suscité l’hilarité générale chez les Français qui attendaient avec moi dehors. En attendant que la salle soit prête, nous en profitons pour visiter les environs et pour contempler la campagne et le cheval (j’aurais aimé dire «les chevaux», mais il n’y en avait qu’un). Une fois à l’intérieur, je fais enfin connaissance avec le parrain de Yannick, qui était aussi un très proche ami de son père. Je ne sais pas si je le reverrai souvent, mais c’est important pour moi, car le fait de le rencontrer, c’est un morceau du puzzle qui m’aide un peu à reconstituer le portrait de l’homme à qui mon amoureux ressemble tant.
| Saint-Fargeau--Ponthierry |
Nos voisins nous parlent de leurs séjours au Québec avec une appréciation sans bornes, et ça me fait terriblement plaisir. Sur le plancher de danse, nous dansons avec le cercle d’amis des parents de Yannick au son de morceaux de styles et d’époques divers. Walter, un des amis en questions, et un bouffon depuis toujours, nous fait une prestation chorégraphique inoubliable lorsque le DJ fait jouer Thriller. La piste de danse est remplie d’amoureux, d’amis fous et de personnes un peu plus âgées qui se font jouer des tours. Que ces dernières se consolent, les deux nouveaux mariés reçoivent eux aussi une attention accrue au fur et à mesure que les bouteilles d’alcool se vident. Je remarque que, hormis quelques chansons françaises que je ne connais pas, les Français font jouer la même musique que nous, les Québécois, à leurs réceptions : «YMCA» de The Village People, «One More Time» de Daft Punk (c’est après tout une des plus célèbres formations françaises), «Music Sounds Better with You» de Stardust (également français), etc. La seule différence ? Les Français ne savent vraiment pas ce qu’ils chantent! Personnellement, j’adore ça: rien de plus efficace pour booster l’atmosphère d’une soirée déjà très chouette que des gens qui chantent n’importe quoi en souriant et en dansant! Et mis à part cela, l’atmosphère est la même. Je me sens comme chez moi; je dois me rappeler constamment que je ne suis pas au Québec. Si j’accepte de quitter lorsqu’on me le propose, c’est seulement parce qu’après toute cette nourriture et toute cette danse, mon corps veut faire dodo. Mon cœur, lui, ne désire que poursuivre la soirée avec ces merveilleux cousins chaleureux et accueillants.

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