Oyez, oyez! La journée tant attendue est arrivée! Moi, créature de l'ombre, lectrice de Lovecraft, Wilde et Wells, j'ai aujourd'hui la chance de visiter non pas la touristique Tour Eiffel ou le très couru Musée du Louvre, mais bien LA destination numéro un sur MA liste de trucs à faire à Paris: les Catacombes!!! Hé oui, vous avez bien lu! Lorsque j'ai appris que j'allais visiter la métropole française, je n'ai pas pensé aux Champs-Élysées, à Gucci et à Guerlain, j'ai pensé aux ossements qui m'attendaient dans les tunnels sombres et humides de la ville qui a, comme toutes les villes, ses fantômes. Puisque ce parcours obscur se situe sous le quartier de Montparnasse, j'en profite pour ajouter à mon horaire du jour le Cimetière du Montparnasse.
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Si vous vous inquiétez pour moi en lisant ces lignes, je peux vous rassurer en vous disant qu'au final, j'ai trouvé la tour Eiffel plus intéressante que les Catacombes. Je m'attendais à y voir des touristes réduits au silence non seulement par effroi mais aussi par respect pour ce lieu de sépulture. Je m'attendais à avoir un peu peur. Je m'attendais à voir des squelettes entiers couchés dans des cercueils ouverts, ou "mis debout" et habillés comme au temps du décès de l'individu en question. J'avais en tête un effet similaire à celui qu'ont les Catacombes capucines de Palerme, où des squelettes et des momies (8000 en tout) trop bien préservés et vêtus de leur tenue d'époque provoquent au moins une bonne sensation de chair de poule, et au plus de bons cauchemars, car ils rendent la mort d'autant plus palpable, réelle... tout en ayant l'air encore un peu... vivants, présents. Je ne m'étais pas trop renseignée sur les Catacombes, convaincue de mon appréciation certaine par la nature même de la chose. Après avoir descendu environ 80 marches et exploré les tunnels des anciennes carrières de Paris, j'arrive dans une salle où des photos montrant justement un contenu digne de mes attentes - des squelettes habillés, suspendus debout, qui font peur - me font "mourir" d'impatience. J'entre dans les catacombes. Je passe une heure à cheminer dans les tunnels dont les murs sont tapissés de crânes et de fémurs disposés de manière artistique, parfois en forme de croix ou de cœur, puis je sors des catacombes en baillant. C'est tout. On fouille mon sac pour voir si j'ai conservé un souvenir. Car certains touristes manquent tellement de respect qu'ils vont non seulement visiter les tunnels en parlant fort, en rigolant, en fouillant dans le nez des crânes et en criant "Oh my god EWWW!" lorsqu'ils reçoivent une goutte d'eau provenant du plafond, transformant ainsi le lieu de sépulture en vraie farce, ils vont aussi arracher un crâne de leur choix des murs d'ossements datant du 19e siècle pour le garder en souvenir. C'est non seulement du vol, c'est du pillage de tombe! Je n'en crois pas mes yeux que des gens puissent faire cela! Quant à la boutique de souvenirs d'en face, elle vend des items de piètre qualité ou sans intérêt à des prix dérisoires. Bof et re-bof.
Je déambule un peu dans les rues, franchement déçue, quand j’aperçois une pharmacie. Oui, oui, une pharmacie! Ici, en France, les pharmacies ne sont pas ce qu'elles sont au Québec, c'est-à-dire de grandes surfaces où l'on peut acheter soins personnels, maquillage, cartes de souhaits, produits ménagers, cadeaux, nourriture, produits de beauté commerciaux synthétiques à souhait, suppléments naturels, crèmes et parfums de luxe, et médicaments. Ce sont de petites boutiques qui vendent seulement des médicaments sous prescription, des remèdes homéopathiques, des huiles essentielles, des suppléments naturels et des produits dermo-cosmétiques (c'est à dire des soins de qualité du genre Avène, La Roche Posay, Bioderma, etc), et on en retrouve à tous les quelques coins de rue. Ceux qui me connaissent savent que j'ai non seulement une passion pour les soins de la peau de qualité et pour les produits naturels, mais aussi que je me dirige très souvent vers les rayons contenant ces produits lorsque je suis triste ou heureuse. Je me dirige donc vers ce lieu de ressourcement, où l'une douce et souriante bonne sœur - je veux dire pharmacienne - me demande si j'ai besoin d'aide avec quelque chose. Non merci, je me contente de regarder les produits un par un et d'absorber la luminosité et le bien-être que dégage l'endroit. Je ressors avec un soupir de soulagement. Je remonte ensuite l'avenue du Géneral-Leclerc et je tombe sur un Parashop, une grande parapharmacie qui est... comme une pharmacie française mais plus grande, avec plus de choix côté soins beauté. J'en profite pour discuter de soins solaires avec une préposée dont l'expertise est évidente, puis je m'achète un petit, tout petit soin solaire. Le fin de l'après-midi commence à se faire sentir et je presse le pas vers le cimetière. Sur mon chemin, je croise une de ces toilettes publiques automatiques dont la présence s'avère soudainement nécessaire. Je vous épargnerai le détail de mes activités et je vous préciserai seulement que ce fut une des expériences les plus étranges que j'aie subies lors de mon séjour à Paris. Premièrement, la toilette vous parle. Deuxièmement, elle donne l'impression d'être dans un vaisseau spatial. Troisièmement, quand vous peser sur le bouton pour tirer la chasse, elle vous demande de sortir avant même qu'elle tire elle-même la chasse et qu'elle nettoie ensuite la cuvette... Et, croyez-moi, la porte reste ouverte longtemps avant de se refermer pour que le nettoyage commence. Donc, si une personne attend patiemment son tour près de la porte, cette personne va voir ce que vous avez fait quand vous sortirez - vous n'avez pas le choix!!! Quand j'ai vu que la toilette ne "flushait" pas avant que la porte s'ouvre et qu'une personne attendait son tour à ma sortie, mon premier réflexe a été de regarder la cuvette, de regarder l'individu, d'évaluer son champ de vision, de paniquer, puis de peser à répétition sur le bouton pour refermer la porte. Non mais! Et ma vie privée?! J'attends cachée derrière la porte fermée, en plein dilemme, le doigt toujours sur le bouton, lorsque la toilette M'ORDONNE de sortir pour qu'elle puisse procéder au nettoyage de la cuvette, bordel de merde. La toilette n'a pas dit "bordel de merde", mais son ton le sous-entendait. Dans un moment digne d'une scène de film américain ridicule, je ressors donc de la toilette publique automatique, en courant, dès que la porte coulissante est assez ouverte pour permettre mon passage, sans regarder derrière moi.
Quinze minutes plus tard, je suis au Cimetière du Montparnasse, remise de mes émotions. La beauté gothique des mausolées et des pierres et le silence de l'endroit me plongent dans un autre monde. Après avoir marché un peu, j’aperçois un plan des lieux avec les noms des personnes décédées célèbres. Je suis venue voir Simone de Beauvoir et Charles Baudelaire principalement, mais je note tout de même mentalement l'emplacement des lieux de repos d'autres noms que je respecte. Le petit cimetière s'avère tout de même grand, et je dois m'y reprendre à plusieurs reprises pour savoir où je vais. A peine ai-je croisé Gainsbourg - homme controversé mais aimé passionnément si l'on se fie aux fleurs, messages et cadres laissés à ses pieds - et Beckett - auteur étrange et marquant - que les gardes chassent les visiteurs à l'aide de cloches signalant la fermeture du cimetière! Ça alors! Je n'ai vu ni Beauvoir, ni Baudelaire! Quelle déception!
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Le lendemain, je dîne avec Yannick dans le Bois de Boulogne, dans le secteur près de Neuilly. Ce parc est vraiment un havre de paix situé dans l'ouest de la ville. On y est loin des klaxons, loin des rues tassées, loin des commerces, et on remarque plus les chiens qui se baladent avec leurs maîtres et moins les petites crottes que ces premiers laissent. Le stress provoqué par le rythme de vie parisien s'estompe graduellement alors que j’entame mon dessert à côté un étang peuplé de canards (et de pigeons, toujours des pigeons, partout des pigeons) et surmonté d'un élégant saule pleureur. L'air y semble tellement plus frais. Cela fait changement des terrasses de cafés extra-fumeur! Ce à quoi je ne m'habitue pas, par contre, c'est la visibilité des classes sociales à Paris et surtout dans sa banlieue de Neuilly, la commune la plus aisée de la France. A Montréal, il y a aussi des différences sociales... on remarque les quartiers moins fortunés à l'air moins soigné des bâtiments, mais gens qui sont très à l'aise se cachent dans Westmount et Outremont. A Neuilly, le Beverly Hills français, on se montre: maisons extravagantes, vêtements haute-couture, petits chiens ridicules et, surtout, dans les parcs, et c'est le lien avec le Bois de boulogne, on voit une quantité infinie de nounous issues de milieux moins fortunés promenant des petits chérubins aux boucles parfaites et des enfants gâtés hors de contrôle. C'est frappant! Bien sûr, les places limitées en garderie et les heures de travail impossibles des gens de carrière parisiens expliquent le besoin d'engager des gardiennes d'enfants. Mais dans mon quartier, plusieurs enfants allaient chez une mère de famille qui restait à la maison. Ici, des femmes en situation financière souvent précaire sont engagées pour chouchouter et emmener au parc des enfants indifférents qui ont sûrement plus d'argent de poche qu'elles. Aie, aie, aie...
Mais bon, bref. Je termine ma visite du cimetière du Montparnasse cet après-midi là et je trouve facilement Simone de Beauvoir. Elle est enterrée avec Jean-Paul Sartre, mais c'est vraiment la grande féministe que je suis venue voir. Je reste longtemps devant sa pierre pour lui dire "Merci. Merci pour tout", et je pose ma main sur sa pierre quelques instants. A peine ai-je commencé à me balader entre les rangées qu'un jeune homme vient me voir, échange quelques phrases avec moi, et me demande si j'aimerais visiter le cimetière avec lui. Euh... inapproprié! Le premier et le dernier français qui m'aborde à Paris et ce, devant une pierre tombale. Je refuse gentiment et je poursuis ma route; il repart avec son air blessé. Seigneur... pas moyen de visiter un lieu de repos en paix! Baudelaire est plus difficile à trouver. Je constate, après une heure de recherche, qu'il est enterré avec son beau-père; son nom est écrit en bas de la pierre. Plusieurs personnes ont laissé au poète des fleurs, des dessins, des écrits, de l'alcool, et même des baisers à même la pierre (on y voit des traces discrètes de rouge à lèvres). J'ai les mains vides, alors je me contente de poser sa main sur son nom pour un petit moment. Ensuite, je rentre à la maison. Tôt. Pour une fois. Enfin! Un après-midi tranquille et pas trop épuisant.




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