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Montreal, Quebec, Canada

Thursday, 19 May 2011

Paris, ville de contrastes

16 au 19 mai 


      Ce que j’aime, à Montréal, c’est qu’il y a de tout pour tout le monde. Puisque c’est une métropole, on y trouve bien sur beaucoup d’endroits où béton et lumières règnent en maitres et où la nightlife gronde à travers les cris des oiseaux de nuit et des klaxons des voitures de tous genres. Mais on y trouve aussi beaucoup d’endroits tranquilles où l’on n’entend plus la circulation et où l’on ne voit que de la verdure et des arbres – je pense au Mont Royal, situé en plein cœur de la ville, et au Jardin Botanique, magnifique espace vert où il fait bon s’évader. Tout le monde y trouve son compte (ou presque tout le monde, car certains gens détestent tout de la ville, point), du hippie aux gens d'affaires, tant et aussi longtemps qu’on se tient dans les bons endroits au bon moment. En ce qui me concerne, les quelques lacs, les plages et le Vieux Port comblent relativement et temporairement mon besoin de vivre près d’une étendue d'eau jusqu’à ma prochaine escapade dans le Bas Saint-Laurent.

      Bien sur, j’avoue que j’adore (et je préfère) la campagne et les petits villages – et Montréal ne sera jamais Dunham, Kamouraska ou Baie Saint-Paul – mais à défaut de me trouver dans village comme ceux-là, je me réjouis de n’avoir point besoin de voiture, et de pouvoir faire toutes mes courses – essentielles et non-essentielles – en autobus et à pied. Un plaisir que je ne pourrais pas me permettre ni en banlieue, ni dans la plupart des villages en campagne. Prendre l’auto pour aller au bureau de poste ? Pff!! Bah, non !

      Si Paris a pu trouver une petite place dans mon cœur, une fois le choc provoqué par les Champs Elysées passé, c’est bien grâce au fait qu’elle contient un peu de cette diversité. Paris ne sera jamais aussi zen et ouverte que Montréal (ou du moins, je ne m’y sentirai jamais aussi bien, personnellement), mais elle présente tout de même plusieurs facettes que l'on n’aperçoit pas nécessairement au premier abord. 

      J’ai consacré mon mardi au Paris chic et somptueux que tout le monde connaît, juste parce que j’imaginais qu’il fallait voir cela au moins une fois dans sa vie : les boutiques et la cour du Palais Royal; la Comédie Française; le Musée du Louvre, que je me suis contentée de visiter de l’extérieur, car je ne suis pas une grande fan d’arts visuels, et surtout pas pour passer une journée au complet à l’intérieur; le Jardin des Tuileries (aucune des fontaines d’eau ne fonctionnait, mais c’était très joli tout de même); la Place Vendôme (l’endroit le plus dispendieux au monde où tenir boutique; on y vend les bijoux et les vêtements griffés et raffinés qui font pâlir d’envie la moyenne des riches), endroit qui m’a à la fois impressionnée et dégoutée par l’ampleur du luxe représenté; et le quartier Opéra, quartier haut de gamme réservé aux commerces et aux entreprises, qui, comme la Place Vendôme, ne m’a pas vraiment touchée au-delà de par sa beauté superficielle. Je dois par contre faire une mention spéciale à l’Opéra Garnier, qui est probablement l'un des plus beaux bâtiments que j’aie vus au cours de toute ma jeune vie. Il est tout simplement magnifique. MA-GNI-FIQUE. On pourrait le regarder durant des heures, tellement chaque détail et ornement est élaboré et soigné.  


      Le mercredi, je pars à la conquête des espaces verts - hé oui, il y en a! - et de l’histoire. Je sors du métro à la station Saint-Paul (j’aurais du sortir à Bastille, c’est une station vraiment très jolie !), je fais un croche en direction du monument de la Bastille, puis je sillonne les rues à la recherche de la Place des Vosges et de la maison de Victor Hugo. Je suis étonnée d’y trouver un parc plein de fontaines, d’arbres et de gens totalement zen, et je m’y arrête un moment pour m’imprégner de cette atmosphère apaisante qui est plutôt rare à Paris. Ombre, air frais, mélodie des fontaines, ciel bleu, l’architecture des bâtiments environnants : j’absorbe tout. Je passe devant la maison de Victor Hugo, maison de ville maintenant convertie en musée et je repars satisfaite de ce bref coup d’œil, n’ayant pas trop envie de visiter un musée et étant davantage intéressée de voir la maison que d’étudier l’auteur à travers les vestiges qu’il a laissés derrière lui. Le plat de résistance de la journée m’attend à quelques coins de rue de là : la Promenade Plantée. Nom surement moins évocateur pour plusieurs que, disons, le Musée du Louvre ou les Quais de Seine (je ne connaissais pas cet endroit moi-même avant de le voir dans le guide touristique), la Promenade Plantée demeure un de mes endroits favoris dans la métropole française. Il s’agit d’un véritable corridor vert: on traverse les 12e et 13e arrondissement (je pense) sur un chemin bordé de fleurs, d’arbres, d’arbustes et de parcs, et on voit les rues parisiennes d’en haut. On entend toujours les autos et les bruits de la ville, mais nos yeux et nos poumons se régalent ! On passe aussi dans de vieux tunnels ayant appartenu à des entreprises ferroviaires.

      Après avoir passé de la métropole française au corridor vert par excellence, en soirée, j'effectue un passage de l'Occident à l'Orient: je retourne dans le quartier Opéra entre amis, cette fois pour visiter le petit quartier japonais... et, comble du bonheur, on trouve un super restaurant, simple au premier abord, mais excellent, rapide et très abordable: une perle rare à Paris! Selon certains, Higuma est effectivement le meilleur resto japonais en ville. Une chose est certaine, son rapport qualité-prix est indéniable! C'est aussi une dose de nourriture salée qui est très bienvenue, la nourriture française étant plutôt riche et sucrée. Jeudi, je passe la journée avec ma belle-sœur Anne. Nous visitons le superbe Musée d’Orsay – avis aux gens qui adorent l’architecture mais qui restent, comme moi, un peu indifférents devant des peintures et des statuettes en général: ce musée construit dans une ancienne gare est d’une beauté époustouflante. Les œuvres qu’il contient, des peintures et sculptures de multiples dimensions et formes aux meubles d’antan, se marient vraiment avec l’architecture de l’endroit. Le Musée d'Orsay renferme également le deuxième et ultime endroit à Paris qui m’a émue par sa beauté et par sa magnificence, après la cathédrale Notre-Dame-de-Paris: la salle de bal. Cette pièce est d’une beauté impossible à décrire avec des mots. Enfin, le Musée vaut aussi le détour lorsqu’on est accompagné d’une personne qui a le même sens de l’humour moqueur que nous: il est juste assez grand et varié pour susciter une bonne heure ou deux de fous rires (plus que cela, ce serait lassant) devant les quelques œuvres qui contiennent des personnages vraiment laids ou des scènes pouvant être interprétées à toutes les sauces. Hihi! Immature, vous dites? Et alors! J’ai quand même donné mon argent à un musée au lieu de passer à côté! J’investis dans la culture, mais laissez-moi en profiter à ma façon héhé!

Après le Musée d’Orsay, Anne et moi faisons en rafale quelques rues du Quartier Latin, puis nous passons devant les Invalides, puis sur le très majestueux pont Alexandre III (sur lequel je me fais prendre en photo devant la Seine et la Tour Eiffel – hé oui, j’ai succombé, bon…), puis devant les très magnifiques Petit et Grand Palais, PUIS (oui, c'était une longue marche!) par la Place de la Concorde et la Place Vendôme. Le problème avec ces quartiers visités consécutivement est que c’est magnifique partout ; à force de voir toute cette magnificence (je répète ce mot souvent, mais il est LE mot à choisir pour l'architecture de ces quartiers), je commence à m’y habituer et à chercher autre chose!

      Nous arrivons à la Place de la Madeleine par le quartier Opéra. Une brève visite chez Au Printemps (toutes les grandes marques, et pas à petit prix) me plonge dans un état qui combine l’admiration à l’écoeurantite… Il faut croire que, bien sûr, quelque part dans mon cerveau, il s’est produit une appréciation devant ces étalages remplis de grandes marques et de beaux produits… mais au bout du compte, tout est tellement inaccessible et luxueux et exagéré (trois mots et un prix : Vitamin Water à 4 euros !?) que j’en suis ressortie non seulement avec la conviction qu’Au Printemps n’était pas pour moi (en général), mais aussi celle que Paris n’était pas pour moi (en général). Parce que Paris, c’est un peu ça aussi: le beau et le majestueux et le luxueux… et l’inaccessible et exagéré. Quand on a des moyens modestes, on a parfois l’impression que Paris est un beau spectacle qu’on regarde défiler. On n’a pas les moyens d’y participer, et il faut souvent se contenter d’en rêver. Heureusement, cela ne coûte rien de contempler l’architecture sublime de la ville et ses quelques espaces verts, comme les parcs d’arrondissements et la Promenade Plantée, sont gratuits… et quand on a faim, il y a Higuma!

Monday, 16 May 2011

Montmartre, Quartier Latin, Saint-Germain, quais de Seine, et Cathie!

15 & 16 mai


       Ah, Montmartre. Je fais peut-être mon anti-touriste et mon anti-parisienne depuis le début de ce blog, mais, pro-touristes et pro-parisiens, réjouissez vous : Montmartre est mon point faible. Non seulement j’ai hâte de voir ce lieu touristique très prisé pour les vestiges superficiels de vie de bohème et d’artiste qui y restent, je suis dans l’obligation de vous avouer que je rêve d’arpenter les rues de ce quartier depuis que j’ai vu le film Moulin Rouge, de Bazz Luhrmann. Hé oui ! Prise en flagrant délit de délire de québécoise qui voit un film américain… Ce n’est pas que ce rêvais que « choper » une bouteille d’absinthe ou de trinquer avec un descendant de cousin de Toulouse Lautrec, c’est juste que l’esprit et l’histoire de l’endroit m’ont toujours attirée, moi qui aime bien la marginalité. De plus, nous sommes le dimanche et je suis en compagnie de mon amoureux – peut-on choisir une meilleure journée pour visiter un quartier romantique au passé intriguant ?

       Mais avant d’aller marcher bras-dessus, bras-dessous sur les pas des artistes qui ont dansé avec la Fée Verte, un petit arrêt triste mais nécessaire s’impose. C’est donc munie d’un bouquet de douze roses blanches d’une sublime beauté que je vais visiter les lieux où repose un être cher que je n’ai connu qu’en regardant des photos, en écoutant des histoires de famille et en scrutant les traits de mon amoureux. C'est une expérience éprouvante, mais pour laquelle je n’ai aucun regret ou doute. Je suis heureuse d’avoir pu rencontrer, d’une certaine façon, et rendre hommage, à ma façon, à mon beau-papa. Je suis contente de l’avoir fait pour Yannick, mais aussi pour moi. La promenade en voiture s’avère néanmoins bien moins silencieuse que je ne l’avais prévu. Après avoir ôté de mon visage deux petites rivières de mascara, je bombarde Yannick de questions. Que faisiez-vous ensemble ? De quoi aimait-il parler ? Comment était-il avec ta maman ? Était-il romantique ? Soudainement, le sujet me paraît juste un tout petit peu moins tabou. Je suis touchée de savoir que les côtes de granit rose que nous allons visiter la fin de semaine prochaine – les côtes de la Bretagne – étaient le lieu de vacances préféré de son père. J’en suis d’autant plus touchée maintenant que je sais que c’est aussi mon lieu de vacances préféré. Nous nous recueillons un instant à la cascade du Bois-de-Boulogne, près de Colombes, avant de poursuivre notre route… et notre conversation.



       Quelques minutes plus tard, l’esprit plein d’émotions et de rêves, comme l’étaient des poètes et artistes de Montmartre, que nous approchons notre deuxième destination de la journée. Cependant, nous abordons le légendaire quartier par le secteur Pigalle - secteur qui, disons le, casse un peu l’image romantique qu'on a du coin, et pas subtilement ou progressivement, mais avec, en bruit de fond, le son d’un disque en vinyle qu’on arrête subitement avec une aiguille. Pfffvvoooouuu...! Ce sont des boutiques aux façades qui ont mal vieilli, des affiches annonçant la prédominance de l’industrie du sexe et un groupuscule de policiers autour d’un mendiant qui nous accueillent. Le fameux Moulin Rouge, que l'on passe en voiture, nous jette un regard sans expression sous le ciel gris. De toute façon, je tiens à le préciser tout de suite, j’ai adoré le film, mais je déteste le principe de l’endroit. Bon. Fin de la parenthèse. Poursuivons. Le malaise inspiré par ces lieux kitsch et pas trop classe ne dure pas longtemps, car Montmartre nous salue avec ses belles rues et ses beaux immeubles. Nous nous garons en bas de la côte et nous montons voir le vieux Montmartre et ses façades colorées et pleines d’histoire. Ici, le Lapin Agile, ancien cabaret pour les marginaux situé dans un édifice datant de 1795 ; là, l’Auberge de la Bonne Franquette raconte l’histoire de l’établissement qui l’a précédé, Aux Billards en Bois, un « rendez-vous d’artistes » très prisé au 19e siècle. Évidemment, qui dit beau quartier touristique au passé fascinant, romantique et poétique dit pléthore de boutiques et de restos qui offrent tout plein de belles affiches et d’alléchantes gourmandises à des prix dérisoires. Je dis bien DÉ-RI-SOIRES. Et gare aux attrapes cachées ! Aussitôt sommes nous assis à une table d’un petit resto de crêpes vraiment basique, voire laid, assurés d’avoir un repas à un prix pas si mal en voyant la formule crêpe à 9 euros, aussitôt nous repartons indignés quand nous voyons écrit en bas de page en patte de mouche (calligraphie minuscule) que la formule comprend l’achat obligatoire d’un breuvage non-inclus – et le breuvage le moins cher est une cannette de Coke à 5 ou 6 euros ! Pour une boisson gazeuse et une crêpe vraiment basique tant au niveau de la qualité que de la quantité, il faut dépenser 15 euros ! Ça, c’est 21$, pour mes amis caribous. Nous étions sur le point de nous résoudre à ne pas partager un repas dans ce quartier romantique plein de voleurs (nous avions donc visité la Basilique du Sacré-Cœur en vitesse, avec le ventre qui grogne) quand nous tombons sur le magnifique et ABORDABLE restaurant Le Troubadour. Cour intérieure décorée de vignes, service personnel et soigné, nourriture excellente, portions raisonnables, crème brûlée divine (attention, ne pas manger trop vite, sinon nausée post-consommation assurée), facture plus que correcte… Nous voilà repus corps et âme, et prêts à terminer notre visite tranquillement, main dans la main, le sourire aux lèvres.


       Le tour du quartier terminé, l’heure trop tardive pour visiter le cimetière de Montmatre, nous partons vers le Quartier Latin, en passant par le quartier Opéra et la Place Vendôme (l’endroit le plus dispendieux au monde). Je ne me lasse vraiment pas du Quartier Latin et du secteur Saint-Germain. Je trouve que c’est l’endroit où l’on trouve le meilleur juste milieu entre le touristique et l’agréable. On s’y sent bien et on ne s’y ennuie jamais. Cafés, boulangeries, salons de thé, commerces divers, auberges plus que centenaires, pubs, resto de tous types, rues labyrinthiques, petites librairies surchargées de vieux bouquins… comment ne pas aimer ce quartier ! Après un verre au Pub Saint-Germain, nous terminons notre journée en nous baladant le long des quais de Seine, paysage à la fois romantique et choquant. Choquant, car sous les ponts couverts de fioritures que vantent les mille et un guides touristiques, on retrouve des individus que la société a oubliés. Pour passer sous un de ces fameux ponts, nous cheminons dans un tunnel sombre où l’on retrouve des abris de fortune, des petites tentes toutes croches, des bouteilles de bière brisées et une persistante odeur qui évoque l’alcool, l’urine, le manque d’hygiène… Paris a beau être la « Ville Lumière » et la « Ville de l’Amour », on ne doit pas oublier que dans ces expressions, il y a le mot ville, et comme toute autre ville, elle présente une façade moins alléchante et une dure réalité. Notre balade romantique du soir n’a point été gâchée par le triste sort des campeurs dont j’ai vu le mode de vie en marchant sous le pont, mais je crois que le fait d’avoir marché sur et sous les ponts m’a mise à part de la majorité de touristes qui ne sont en aucun point conscients de cet aspect de Paris et qui se contentent d’immortaliser le Pont-Neuf, le Musée d’Orsay et les bateaux-mouches.



       Le lendemain, c’est déjà lundi. Je retrouve Yannick pour dîner, et c’est près des Champs-Élysées, sur la terrasse de la Place de l’Étoile (alerte au TRÈS BON RAPPORT QUALITÉ-PRIX et au service rapide !) que nous partageons notre habituel et toujours agréable deux heures ensemble. Ensuite, je me dirige à nouveau vers Saint-Germain, cette fois pour rencontrer Cathie, une très bonne amie de l’université qui demeure maintenant en Angleterre et que je vois une fois ou deux par an – pas assez souvent ! Nous échangeons tout sur nos vies au Café Bizmut, puis nous visitons les Jardins du Luxembourg, profitant de chaque minute passée ensemble. Après un deuxième arrêt-café durant lequel je m’empiffre encore, c’est déjà l’heure du départ de ma chère amie !!! Je me dirige à la « maison » le cœur gros, mais heureux. Prochain rendez-vous : Montréal, fin juin !

Un samedi en campagne parisienne: Lisses, Saint-Fargeau - Ponthierry

14 mai
(1er juillet pour la rédaction)

       C’est le grand jour ! Pas pour Yannick et moi, mais pour Virginie, la fille du parrain de Yannick, et son fiancé Florian : les deux tourtereaux, qui se connaissent depuis la petite école, mais que je ne connais pas du tout (pas encore), unissent leurs destinées le samedi 14. Pour moi, c’est non seulement la chance de voir un mariage français typique, mais c’est aussi l’occasion de faire la connaissance des mariés, de faire un tour en campagne parisienne, de rencontrer le parrain et les meilleurs amis du papa de Yannick, de faire une sortie en belle-famille avec la belle-maman et la belle-sœur… et de marcher en belle robe aux bras de mon bel amoureux vêtu d’un beau complet !
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       Lorsque j’entends que nous nous dirigeons vers Lisses, je dois faire répéter plusieurs fois mes interlocuteurs. Lisses ? Vraiment ? Pour moi, Lisses, c’est le fond de la baignoire, c’est la peau d’un bébé, c’est une patinoire fraichement zamboni-fiée, c’est une petite roche polie par le va-et-vient des vagues… c’est tout cela, mais ce n’est certainement pas un village !  Cependant, c’est bien là que l’on se dirige, vêtus de nos plus beaux habits…

       Cela me fait du bien de m’éloigner un peu de Paris. J’y ai passé une semaine agréable, bien sûr, mais j’étais d’autant plus enthousiaste à l’idée de découvrir un nouvel endroit, de respirer de l’air un peu plus pur et de rencontrer des gens dont on m’avait tant parlé. Lisses est un petit village mignon, ou du moins, il paraît l’être : aussitôt sommes nous rentrés dans le village que nous nous stationnons déjà près de l’hôtel de ville. L’arrivée des futurs mariés étant imminente, nous n’avons pas le temps de faire un petit tour des rues environnantes.

Yannick et moi à la mairie de Lisses

       En France, c’est à la mairie, et à la mairie seulement, qu’un mariage est officiel; à l’église, il n’a qu’une valeur symbolique et traditionnelle (et donc facultative). Au Québec, nous avons le choix entre le mariage civil ou le mariage religieux; les deux sont officiels. Je n’ai, pour ma part, vu que des mariages à l’église faits dans la tradition chrétienne catholique: je suis donc habituée à ce que tout se fasse dans l’ordre et dans le silence propres aux lieux saints. À la mairie de Lisses (un joli bâtiment blanc datant de 1842), une horde d’invités s’entasse tant bien que mal dans la salle préparée pour la cérémonie dès que la mairesse nous appelle à l’intérieur. Les gens rient, les bébés crient, et les retardataires pestent devant le manque de place. La mairesse doit supplier les gens de baisser le ton pour procéder à l’union du couple. Je suis un peu choquée par le fait que tout le monde parle et rit du début à la fin et ne prête même pas attention à la cérémonie… On me dit que c’est normal. Au Québec, les gens se taisent et écoutent; c’est la moindre des choses ! Mais bon, en France, j’imagine que quand l’on s’engage à être « présent » à un mariage, cet engagement se limite pour plusieurs à la présence physique. L’important, c’est qu’il fasse chaud et que la pièce soit bien peuplée, pour que les mariés sentent qu’ils étaient bien entourés! Dès que le mariage est prononcé, tout le monde s’exclame pour fêter le moment magique dont ils n’ont pas vu le déroulement. Je hausse les épaules et je me joins aux célébrations, retrouvant le sourire assez vite devant le comportement chaleureux des invités. Tout le monde se fait la bise, les félicitations fusent, les éclats de rire remplissent la pièce… Puis, hop ! Vite ! À l’église ! Pas de temps à perdre.  

Viriginie et Florian - Lisses, 14 mai 2011
       L’église Saint-Germain est juste en face, entre quelques vieilles maisons en pierre des champs. Le bâtiment modeste mais fort impressionnant date du XV-XVIe ; son intérieur, qui comprend voûtes, vitraux colorés et anciens murs de pierre, me change des églises québécoises plus modernes, plus simples, pas encore réellement vieillies par le passage du temps. Le prêtre, qui tente d’accommoder la tendance traditionnelle de la jeune promise et les convictions différentes du jeune monsieur athée, fait un speech plutôt inhabituel, entrecoupé par les chants et les cris d’un jeune bambin qui s’amuse à découvrir la portée de sa voix dans le vieil édifice saint. La cérémonie religieuse n'en est pas moins belle pour autant. Après une heure de sages paroles du genre «Il faut s’aimer à travers nos différences; moi mon neveu s’est converti à l’islamisme», entrecoupées de «Ahhaaaaaa maaggwaawaaaa! La la la! Pouahah-lalouliiina!», nous sortons de l’église et, non conscients qu’il s’agit de la période des photos avec les mariés, Yannick, Christine, Anne et moi partons vers un hôtel non loin de là avec le cercle des meilleurs amis. Fait amusant, toutes leurs épouses s’appellent Brigitte !

       Nous rejoignons le groupe d’invités pour la réception après une heure de blagues et de partage de souvenirs et d’histoires. La fête se poursuit dans un vieux bâtiment à Saint-Fargeau-Ponthierry, nom que j’ai aussi fait répéter maintes fois, et qui, une fois compris, m’a inspiré la réplique: «Han, quossé ça, Saint-Fargeot (c’est comme cela que cela s’orthographiait dans ma tête)?»  Réplique qui a elle-même suscité l’hilarité générale chez les Français qui attendaient avec moi dehors. En attendant que la salle soit prête, nous en profitons pour visiter les environs et pour contempler la campagne et le cheval (j’aurais aimé dire «les chevaux», mais il n’y en avait qu’un). Une fois à l’intérieur, je fais enfin connaissance avec le parrain de Yannick, qui était aussi un très proche ami de son père. Je ne sais pas si je le reverrai souvent, mais c’est important pour moi, car le fait de le rencontrer, c’est un morceau du puzzle qui m’aide un peu à reconstituer le portrait de l’homme à qui mon amoureux ressemble tant. 
Saint-Fargeau--Ponthierry
       Les canapés et le punch m’aident à patienter dans le hall d’entrée. Lorsque les portes de la pièce principale s’ouvrent, c’est une grande salle de toute beauté qui nous attend: de hauts murs blancs en pierre, des colombages, des décorations rustiques, des bouquets de fleurs bleues et blanches, et des tables thématiques préparées avec attention accueillent les invités. Je suis assise à la table «Le Jardin Lecoq» avec Yannick et plusieurs autres couples. Au souper, il n’y pas vraiment d’option traditionnelle qui se présente à moi – du poulet ou du saumon, par exemple. Je surmonte donc ma timidité quant à la bouffe nouvelle et je prends un peu de tout au buffet qui me semble un peu extra-terrestre à première vue mais qui s'avère très bon: gambas à la provençale (que je refile à ma voisine car ils me font trop peur), ravioles à la truffe blanche, filets de rouget à la sauce méditerranéenne, terrine de canard (désolée, maman) et Coppa, tajine d’agneau, cuisse de canard à l’orange (vraiment désolée, maman), et diverses salades. Le tout avec du vin et de l’eau avec arôme de fleur au choix (hibiscus pour moi). En dessert, une grande pièce montée vraiment délicieuse.

       Nos voisins nous parlent de leurs séjours au Québec avec une appréciation sans bornes, et ça me fait terriblement plaisir. Sur le plancher de danse, nous dansons avec le cercle d’amis des parents de Yannick au son de morceaux de styles et d’époques divers. Walter, un des amis en questions, et un bouffon depuis toujours, nous fait une prestation chorégraphique inoubliable lorsque le DJ fait jouer Thriller. La piste de danse est remplie d’amoureux, d’amis fous et de personnes un peu plus âgées qui se font jouer des tours. Que ces dernières se consolent, les deux nouveaux mariés reçoivent eux aussi une attention accrue au fur et à mesure que les bouteilles d’alcool se vident. Je remarque que, hormis quelques chansons françaises que je ne connais pas, les Français font jouer la même musique que nous, les Québécois, à leurs réceptions : «YMCA» de The Village People, «One More Time» de Daft Punk (c’est après tout une des plus célèbres formations françaises), «Music Sounds Better with You» de Stardust (également français), etc. La seule différence ? Les Français ne savent vraiment pas ce qu’ils chantent! Personnellement, j’adore ça: rien de plus efficace pour booster l’atmosphère d’une soirée déjà très chouette que des gens qui chantent n’importe quoi en souriant et en dansant! Et mis à part cela, l’atmosphère est la même. Je me sens comme chez moi; je dois me rappeler constamment que je ne suis pas au Québec. Si j’accepte de quitter lorsqu’on me le propose, c’est seulement parce qu’après toute cette nourriture et toute cette danse, mon corps veut faire dodo. Mon cœur, lui, ne désire que poursuivre la soirée avec ces merveilleux cousins chaleureux et accueillants.     

Wednesday, 11 May 2011

Bois de boulogne, magasinage santé et visite aux trépassés dans Montparnasse

11 mai
Oyez, oyez! La journée tant attendue est arrivée! Moi, créature de l'ombre, lectrice de Lovecraft, Wilde et Wells, j'ai aujourd'hui la chance de visiter non pas la touristique Tour Eiffel ou le très couru Musée du Louvre, mais bien LA destination numéro un sur MA liste de trucs à faire à Paris: les Catacombes!!! Hé oui, vous avez bien lu! Lorsque j'ai appris que j'allais visiter la métropole française, je n'ai pas pensé aux Champs-Élysées, à Gucci et à Guerlain, j'ai pensé aux ossements qui m'attendaient dans les tunnels sombres et humides de la ville qui a, comme toutes les villes, ses fantômes. Puisque ce parcours obscur se situe sous le quartier de Montparnasse, j'en profite pour ajouter à mon horaire du jour le Cimetière du Montparnasse.
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       Si vous vous inquiétez pour moi en lisant ces lignes, je peux vous rassurer en vous disant qu'au final, j'ai trouvé la tour Eiffel plus intéressante que les Catacombes. Je m'attendais à y voir des touristes réduits au silence non seulement par effroi mais aussi par respect pour ce lieu de sépulture. Je m'attendais à avoir un peu peur. Je m'attendais à voir des squelettes entiers couchés dans des cercueils ouverts, ou "mis debout" et habillés comme au temps du décès de l'individu en question. J'avais en tête un effet similaire à celui qu'ont les Catacombes capucines de Palerme, où des squelettes et des momies (8000 en tout) trop bien préservés et vêtus de leur tenue d'époque provoquent au moins une bonne sensation de chair de poule, et au plus de bons cauchemars, car ils rendent la mort d'autant plus palpable, réelle... tout en ayant l'air encore un peu... vivants, présents. Je ne m'étais pas trop renseignée sur les Catacombes, convaincue de mon appréciation certaine par la nature même de la chose. Après avoir descendu environ 80 marches et exploré les tunnels des anciennes carrières de Paris, j'arrive dans une salle où des photos montrant justement un contenu digne de mes attentes - des squelettes habillés, suspendus debout, qui font peur - me font "mourir" d'impatience. J'entre dans les catacombes. Je passe une heure à cheminer dans les tunnels dont les murs sont tapissés de crânes et de fémurs disposés de manière artistique, parfois en forme de croix ou de cœur, puis je sors des catacombes en baillant. C'est tout. On fouille mon sac pour voir si j'ai conservé un souvenir. Car certains touristes manquent tellement de respect qu'ils vont non seulement visiter les tunnels en parlant fort, en rigolant, en fouillant dans le nez des crânes et en criant "Oh my god EWWW!" lorsqu'ils reçoivent une goutte d'eau provenant du plafond, transformant ainsi le lieu de sépulture en vraie farce, ils vont aussi arracher un crâne de leur choix des murs d'ossements datant du 19e siècle pour le garder en souvenir. C'est non seulement du vol, c'est du pillage de tombe! Je n'en crois pas mes yeux que des gens puissent faire cela! Quant à la boutique de souvenirs d'en face, elle vend des items de piètre qualité ou sans intérêt à des prix dérisoires. Bof et re-bof.
       Je déambule un peu dans les rues, franchement déçue, quand j’aperçois une pharmacie. Oui, oui, une pharmacie! Ici, en France, les pharmacies ne sont pas ce qu'elles sont au Québec, c'est-à-dire de grandes surfaces où l'on peut acheter soins personnels, maquillage, cartes de souhaits, produits ménagers, cadeaux, nourriture, produits de beauté commerciaux synthétiques à souhait, suppléments naturels, crèmes et parfums de luxe, et médicaments. Ce sont de petites boutiques qui vendent seulement des médicaments sous prescription, des remèdes homéopathiques, des huiles essentielles, des suppléments naturels et des produits dermo-cosmétiques (c'est à dire des soins de qualité du genre Avène, La Roche Posay, Bioderma, etc), et on en retrouve à tous les quelques coins de rue. Ceux qui me connaissent savent que j'ai non seulement une passion pour les soins de la peau de qualité et pour les produits naturels, mais aussi que je me dirige très souvent vers les rayons contenant ces produits lorsque je suis triste ou heureuse. Je me dirige donc vers ce lieu de ressourcement, où l'une douce et souriante bonne sœur - je veux dire pharmacienne - me demande si j'ai besoin d'aide avec quelque chose. Non merci, je me contente de regarder les produits un par un et d'absorber la luminosité et le bien-être que dégage l'endroit. Je ressors avec un soupir de soulagement. Je remonte ensuite l'avenue du Géneral-Leclerc et je tombe sur un Parashop, une grande parapharmacie qui est... comme une pharmacie française mais plus grande, avec plus de choix côté soins beauté. J'en profite pour discuter de soins solaires avec une préposée dont l'expertise est évidente, puis je m'achète un petit, tout petit soin solaire. Le fin de l'après-midi commence à se faire sentir et je presse le pas vers le cimetière. Sur mon chemin, je croise une de ces toilettes publiques automatiques dont la présence s'avère soudainement nécessaire. Je vous épargnerai le détail de mes activités et je vous préciserai seulement que ce fut une des expériences les plus étranges que j'aie subies lors de mon séjour à Paris. Premièrement, la toilette vous parle. Deuxièmement, elle donne l'impression d'être dans un vaisseau spatial. Troisièmement, quand vous peser sur le bouton pour tirer la chasse, elle vous demande de sortir avant même qu'elle tire elle-même la chasse et qu'elle nettoie ensuite la cuvette... Et, croyez-moi, la porte reste ouverte longtemps avant de se refermer pour que le nettoyage commence. Donc, si une personne attend patiemment son tour près de la porte, cette personne va voir ce que vous avez fait quand vous sortirez - vous n'avez pas le choix!!! Quand j'ai vu que la toilette ne "flushait" pas avant que la porte s'ouvre et qu'une personne attendait son tour à ma sortie, mon premier réflexe a été de regarder la cuvette, de regarder l'individu, d'évaluer son champ de vision, de paniquer, puis de peser à répétition sur le bouton pour refermer la porte. Non mais! Et ma vie privée?! J'attends cachée derrière la porte fermée, en plein dilemme, le doigt toujours sur le bouton, lorsque la toilette M'ORDONNE de sortir pour qu'elle puisse procéder au nettoyage de la cuvette, bordel de merde. La toilette n'a pas dit "bordel de merde", mais son ton le sous-entendait. Dans un moment digne d'une scène de film américain ridicule, je ressors donc de la toilette publique automatique, en courant, dès que la porte coulissante est assez ouverte pour permettre mon passage, sans regarder derrière moi. 
       Quinze minutes plus tard, je suis au Cimetière du Montparnasse, remise de mes émotions. La beauté gothique des mausolées et des pierres et le silence de l'endroit me plongent dans un autre monde. Après avoir marché un peu, j’aperçois un plan des lieux avec les noms des personnes décédées célèbres. Je suis venue voir Simone de Beauvoir et Charles Baudelaire principalement, mais je note tout de même mentalement l'emplacement des lieux de repos d'autres noms que je respecte. Le petit cimetière s'avère tout de même grand, et je dois m'y reprendre à plusieurs reprises pour savoir où je vais. A peine ai-je croisé Gainsbourg - homme controversé mais aimé passionnément si l'on se fie aux fleurs, messages et cadres laissés à ses pieds - et Beckett - auteur étrange et marquant - que les gardes chassent les visiteurs à l'aide de cloches signalant la fermeture du cimetière! Ça alors! Je n'ai vu ni Beauvoir, ni Baudelaire! Quelle déception! 

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       Le lendemain, je dîne avec Yannick dans le Bois de Boulogne, dans le secteur près de Neuilly. Ce parc est vraiment un havre de paix situé dans l'ouest de la ville. On y est loin des klaxons, loin des rues tassées, loin des commerces, et on remarque plus les chiens qui se baladent avec leurs maîtres et moins les petites crottes que ces premiers laissent. Le stress provoqué par le rythme de vie parisien s'estompe graduellement alors que j’entame mon dessert à côté un étang peuplé de canards (et de pigeons, toujours des pigeons, partout des pigeons) et surmonté d'un élégant saule pleureur. L'air y semble tellement plus frais. Cela fait changement des terrasses de cafés extra-fumeur! Ce à quoi je ne m'habitue pas, par contre, c'est la visibilité des classes sociales à Paris et surtout dans sa banlieue de Neuilly, la commune la plus aisée de la France. A Montréal, il y a aussi des différences sociales... on remarque les quartiers moins fortunés à l'air moins soigné des bâtiments, mais gens qui sont très à l'aise se cachent dans Westmount et Outremont. A Neuilly, le Beverly Hills français, on se montre: maisons extravagantes, vêtements haute-couture, petits chiens ridicules et, surtout, dans les parcs, et c'est le lien avec le Bois de boulogne, on voit une quantité infinie de nounous issues de milieux moins fortunés promenant des petits chérubins aux boucles parfaites et des enfants gâtés hors de contrôle. C'est frappant! Bien sûr, les places limitées en garderie et les heures de travail impossibles des gens de carrière parisiens expliquent le besoin d'engager des gardiennes d'enfants. Mais dans mon quartier, plusieurs enfants allaient chez une mère de famille qui restait à la maison. Ici, des femmes en situation financière souvent précaire sont engagées pour chouchouter et emmener au parc des enfants indifférents qui ont sûrement plus d'argent de poche qu'elles. Aie, aie, aie... 
       Mais bon, bref. Je termine ma visite du cimetière du Montparnasse cet après-midi là et je trouve facilement Simone de Beauvoir. Elle est enterrée avec Jean-Paul Sartre, mais c'est vraiment la grande féministe que je suis venue voir. Je reste longtemps devant sa pierre pour lui dire "Merci. Merci pour tout", et je pose ma main sur sa pierre quelques instants. A peine ai-je commencé à me balader entre les rangées qu'un jeune homme vient me voir, échange quelques phrases avec moi, et me demande si j'aimerais visiter le cimetière avec lui. Euh... inapproprié! Le premier et le dernier français qui m'aborde à Paris et ce, devant une pierre tombale. Je refuse gentiment et je poursuis ma route; il repart avec son air blessé. Seigneur... pas moyen de visiter un lieu de repos en paix! Baudelaire est plus difficile à trouver. Je constate, après une heure de recherche, qu'il est enterré avec son beau-père; son nom est écrit en bas de la pierre. Plusieurs personnes ont laissé au poète des fleurs, des dessins, des écrits, de l'alcool, et même des baisers à même la pierre (on y voit des traces discrètes de rouge à lèvres). J'ai les mains vides, alors je me contente de poser sa main sur son nom pour un petit moment. Ensuite, je rentre à la maison. Tôt. Pour une fois. Enfin! Un après-midi tranquille et pas trop épuisant.

Paris, prise 2: Notre-Dame, l'Ile Saint-Louis, le Quartier Latin et la Tour Eiffel

10 mai


       Bon… alors… j’ai passé la fin de semaine – le weekend, pour les Frenchy - sous le ciel charentais, et ma journée du lundi en périphérie de la métropole où règnent cacas de chiens, croissants et clopes. Mardi, Paris m’attend pour un deuxième round. Destination : quartier Latin – quartier des étudiants et des intellos – et la cathédrale Notre-Dame-de-Paris, le célèbre lieu saint sur-immortalisé par moult touristes et par les messieurs Pelletier et Garou.
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       Après un midi agréable passé en compagnie de Yannick et son ami Yoann, je prends le métro parisien le sourire aux lèvres. Non seulement parce qu’il est moins densément peuplé que vendredi dernier, mais aussi parce que je réalise que je navigue dans ses tunnels labyrinthiques avec l’assurance d’une habituée. Avec mon plan Cartoville de Paris, un petit livre avec cartes dépliables très pratique, je me débrouille très bien en ce qui concerne le choix de la station de métro finale, les changements de ligne et le choix du mode de transport : train, métro, etc. Je souris aussi car je trouve bien intéressant que les annonces destinées au passagers se fassent dans plusieurs des langues suivantes, tout dépendant des lignes et des stations : français, anglais, italien, allemand, japonais et/ou espagnol. Cela fait passer le temps de tenter de déchiffrer le message d’une langue à l’autre. Pas que l’attente du métro soit longue. Si, à Montréal, on attend souvent le métro 5 ou 6 minutes, ici, c’est aux 2 minutes. On n’a même pas le temps de se mettre en colère suite à un métro raté.
       Je sors à la station Saint-Michel et je me retrouve entourée de charmants petits cafés situés sous les arbres. Pas très loin, une série de ponts relient les bords de la Seine à quelques îles sous un beau soleil qui fait étinceler le tout. D’accord, Paris aura une seconde chance. Je traverse un pont en suivant le boulevard du Palais pour me rendre au Palais de Justice et à la somptueuse Sainte-Chapelle. Je croise un kiosque à journaux qui me rappelle que je dois acheter des cartes postales, histoire de tenir ma promesse faite à mes parents et à mes amis. Je constate, les sourcils froncés, que ces dernières se vendent entre 0,80 et 1,50 euros. Étant une touriste qui renie son statut de touriste (je prends mes photos discrètement et je range mon plan Cartoville aussi souvent que possible), la dernière chose que je souhaite faire est de tomber dans les pièges des attrape-touristes. Je me souviens avoir entendu qu’en France, le coût de la vie au quotidien (nourriture, accessoires, etc) était plus bas qu’au Québec… et en plus, l’euro vaut plus que le dollar canadien. Donc comment une carte postale peut-elle valoir même 0,80 euros quand je peux en trouver pour 0,50 cents ou 1,85$, timbre international inclus, au Canada ? ça sent mauvais. Je décide de poursuivre ma route. Entre temps, je passe devant le Palais de Justice bien gardé (photo discrète) et la Sainte-Chapelle. La file d’attente est trop longue et je passe mon tour, en me préparant mentalement à répéter l’expérience à la cathédrale de Quasimodo. Sur le Quai de la Corse et le Quai aux fleurs, je tombe sur des boutiques de touristes aux noms les plus ridicules les uns que les autres qui vendent tous des souvenirs aux prix un peu gonflés ou de qualité discutable… et toujours, les cartes se vendent autour d’un euro. Je commence à me dire tant pis quand… Euréka ! Devant moi se dresse une des boutiques les plus kitch et rose et too much glitter que j’aie vue de ma vie, avec une vendeuse faite principalement de matières synthétiques, et, devant les horreurs de chandails qu’elle vend, je vois un stand à cartes postales où l’on vend ces dernières 12 pour 2,00 euros, soit 0,17 centimes la carte. Deux jours à Paris et je prends le métro comme une pro et j’évite les attrape-touristes avec l’assurance d’une personne de la place. Je suis assez fière de moi !        En tout cas, note aux amis qui visiteront Paris: j’ai magasiné les cartes postales pour vous, ne payez pas plus de 0,20 ou 0,30 centimes par carte ! Ce n’est pas très dur à trouver, il suffit de ne pas sauter sur le premier kiosque venu. Il faut d’ailleurs suivre la même logique pour les restos : si le prix vous semblerait cher s’il était en dollars, hé bien c’est cher.
       Avant de me rendre à la cathédrale des touristes, je traverse le pont Louis-Philippe pour me rendre à l’Île Saint-Louis, puis de l’autre côté de la Seine, sur le Quai de l’Hôtel de ville. L’air ambiant est rempli de sons : la musique des accordéonistes jouant sous les yeux des touristes au septième ciel, la cacophonie de klaxons des parisiens excédés, les fous rires des passants, les bruits des cuillères et des soucoupes et des tasses… Je me retourne vers la Seine et je regarde les beaux bâtiments situés sur l’Île de la Cité. D’ici, Paris me semble très belle. Je pense sincèrement que je pourrais apprendre à aimer cette ville, ou du moins certains de ces quartiers. Je me sens tellement bien que même l’air ambiant me semble bon lorsque je prends une grande respiration, même si je le sais plein de smog. Je prends une courte vidéo de la Seine et d’un accordéoniste pour faire plaisir à ma mère qui rêve d’aller à Paris pour voir tous les éléments typiques et touristiques qui en font la renommée, puis je reviens sur mes pas, en pouffant de rire lorsque je vois Café Esméralda et Quasimodo Souvenirs dans les parages.
       Mon gloussement sera de courte durée. La cathédrale Notre-Dame-de-Paris se dresse devant moi tel un géant inspirant le plus profond des respects. Mon regard est partagé entre la hauteur spectaculaire de la cathédrale dans son ensemble et les détails sculptés dans toute la structure. J’ai de la difficulté à photographier le bâtiment au complet. Après avoir pris quelques clichés avec un peu d’enthousiasme mais pas trop, je passe devant la cathédrale, prête à juste passer devant – parce que, moi, Notre Dame, bof – et je constate que la file pour rentrer est petite et que la circulation est fluide. Bah, pourquoi pas, j’ai le temps. Je prends de plus en plus de photos, car, plus on approche, plus on est frappé par le détail des figures et des personnages qui ornent la façade et l’entrée. Je pénètre dans le lieu saint en suivant une foule sans trop voir ce qui se passe, puis j’arrive au centre du mur au fond et je lève les yeux vers l’autel et le plafond. La beauté de l’endroit heurte tous mes sens en même temps. Le choc est tel que j’en perds le souffle et les larmes me montent aux yeux. La cathédrale est immense, infinie, spectaculaire. De majestueux vitraux filtrent la lumière de l’extérieur, et cette douce lumière atteint l’âme du visiteur accompagnée de discrètes voix soprano en harmonie et des odeurs et des lueurs émanant des cierges et des bougies. Moi qui ne voulais rien savoir de Paris, moi qui avais failli passer la cathédrale sans y repenser deux fois… me voilà, réduite au silence, réduite au néant, infiniment petite dans le plus bel et le plus impressionnant des bâtiments que j’aie vu de ma vie. Je perds le compte des photos que je prends pour tenter d’immortaliser ne serait-ce qu’une partie de l’atmosphère de ce lieu saint. Lorsque je ressors de la cathédrale, c’est après un bon moment, un bon moment qui ne m’a pas semblé long du tout. 

       Je me secoue pour me réveiller un peu. J’ai un bien meilleur moral que vendredi dernier et je suis enthousiaste à l’idée de poursuivre ma visite de Paris. Il faut que je me l’avoue, j’aime bien ce quartier, qui me semble paisible malgré son aspect très touristique, et j’ai adoré Notre-Dame-de-Paris. Je me balade un peu sur les quais de Seine avant de tourner sur une petite rue qui m’interpelle, puis je décide d’explorer les petites rues en tournant à gauche ou à droite selon ce que me dit mon sens de l’exploration. Je tombe par hasard sur un joli petit parc, sur les églises Saint-Julien-le-Pauvre et Saint-Séverin, sur le vieil hôtel Laffermas et sur The Abbey Bookshop, une petite librairie canadienne indépendante datant d’une vingtaine d’années où les livres sont disposés en rangées et en piles, du plancher au plafond, dans les escaliers et les bords de fenêtres, et accessibles par le biais d’échelles et d’étagères mobiles. Un fouillis bordélique plein de trésors, un paradis pour les bookworm ! Je poursuis ma route sur le boulevard St-Michel et je tombe, par hasard encore, sur les Thermes et l’hôtel de Cluny, où l’on retrouve le Musée national du Moyen-âge ainsi que des ruines de thermes gallo-romains (Ie-IIIe s .). Vu l’heure tardive, je termine à la course mon parcours sur St-Michel, en prenant soin de m’attarder à la Place de la Sorbonne et au Panthéon. Je contourne le Jardin du Luxembourg et je me dirige vers la station de métro de Rennes, en faisant un petit arrêt dans une des multiples librairies vendant des livres usagés et anciens – j’en ressors avec un exemplaire de L’Odyssée d’Astérix de 1981 (et je constate avec amusement que les éditions Albert René sont au 88, avenue Charles de Gaulle à Neuilly-sur-Seine et que j’ai déjà marché sur cette avenue !) et un vieux livre d’histoire naturelle, La Terre avant l’Histoire par Edmond Perrier, qui date de 1920. Bref, une journée très satisfaisante! Oh, et le soir Yannick m’a emmenée voir la Tour Eiffel illuminée. J’avoue qu’elle n’est pas si laide, le soir…

Mon "chez-moi" en France

9 mai
       Ce lundi-là, je reste à Colombes pour la majorité de la journée. Un peu parce que le road-trip post-jet-lag m'a un peu fatiguée, un peu parce que je redoute mon éventuel retour à Paris... et tout simplement car, avec le fait que je passe un mois ici en vacances, je sens que je peux - et que je dois - me permettre ce luxe de rester en pyjama dans l'appartement illuminé par le soleil. Kitty, la reine de la maison, ne m'a pas encore tout à fait acceptée (elle me tolère), mais l'appréciation exprimée par Christine et Anne compensent ce dédain de la part du grognon félin.
Mes 26 ans soulignés à Colombes avec papi, mamie, Anne, Christine et Yannick (qui prend la photo)

       C'est seulement vers 16h00 que je m'habille, après avoir brunché en toute lenteur et après avoir consulté mes courriels. J'ai toujours de la difficulté à m'habituer au fait que la toilette soit séparée de la salle d'eau, et c'est seulement après avoir scruté l'entièreté du contenu de cette dernière que j'effectue ma petite course paniquée vers l'autre petite pièce sous le regard blasé de Kitty qui, elle, du haut de ses cinq ans, sait évidemment où l'on fait pipi, franchement. J'écris ma première carte postale à mes parents et je relis les indications qu'on m'a laissées pour m'aider à trouver le bureau de poste. Je me réjouis à l'idée de cette balade, car j'aime bien Colombes, qui recèle d'un centre-ville riche en boutiques, cafés, boulangeries et restos tout en étant très tranquille. Je ne suis pas déçue par le trajet, qui me fait voir la richesse de l'architecture de l'endroit, des grands blocs à appartements modernes aux charmantes maisons aux façades élaborées. Je croise la mairie, un carrousel, une taverne, des petits commerces... Je me sens complètement zen... Au bureau de poste, pas de cartes postales, donc ce sera pour plus tard. La dame derrière le comptoir, une femme très sympathique et pas du tout stressée, cherche pour moi les timbres internationaux pour les envois au Canada (0,87 euros) dans un vieil album aux séparateurs jaunis. Et les timbres sont des timbres old school qu'on doit déchirer et lécher! J'adore!
       Je repars vers le boulevard Valmy pour prendre le bus vers Neuilly pour rejoindre Yannick au travail. En chemin je croise une dame qui me sourit. Ca, en France, ça n'arrive pas souvent! Par contre, honnêtement, entre la gentille dame de la poste, les passants que je croise et les gentils qui disent "merci" et "pardon" dans les transports, je commence à me dire que le stéréotype du français (du parisien, surtout) désagréable correspond plus à l'exception qu'à la règle! Ce qui est vraiment désagréable, c'est de prendre les transports en commun parisiens à l'heure de pointe, sous le soleil, après une lourde journée qui avait commencé par un temps gris et humide... je reviens à Colombes non seulement avec Yannick mais aussi un malaise énorme et un mal de tête frôlant la migraine. C'est étendue sur le lit, agonisante, attendant l'effet des Advil que j'apprends qu'on nous attend pour souper chez papi et mamie! Pour fêter ma fête! Je suis à la fois au comble de la douleur et très touchée. Au bout d'une vingtaine de minutes, je trouve la force nécessaire pour me lever. Dix minutes plus tard, toute trace de malaise est effacée devant les sourires de papi et mamie qui nous acceuillent les bras grands ouverts. Au menu, du champagne (!) et du vin, des amuse-gueules, des entrées froides, du rôti de porc et du taboulé, et, en dessert, en lieu du gâteau de fête, de la crème glacée divine au café et à la vanille accompagnée de... Macarons Ladurée! Et ce n'est pas tout, j'ai été gâtée avec des cadeaux! Thé Kusmi (Darjeeling, mon préféré!), thé Mariage et Frères, et calissons de Provence!!! Les conversations autour du dîner ont été intenses, à la française, mais mon moment préféré a eu lieu quand papi et mamie m'ont pris les mains et m'ont souri avec des regards qui valaient mille mots. Quand je suis rentrée à l’appartement, je me sentais vraiment chez moi et en famille à Colombes. Pas que cela remplace ce qui occupe déjà une très grande place dans mon coeur au Québec, loin de là, mais je sens maintenant que j'ai aussi un chez moi et une famille en France.

Monday, 9 May 2011

Road Trip # 1: Angoulême et La Rochelle

7 & 8 mai

Après mon expérience on ne peut plus déplaisante au Champs-Elysées, le road trip en Charente et en Charente-Maritime arrivait juste à point. J’en avais conclu que j’adorais Colombes mais que je détestais Paris, que c’était trop achalandé, trop chaud, trop fou, trop stressant pour moi. Conclusion un peu hâtive, peut-être, mais hâtive ou pas, j’avais très certainement besoin d’air. Le sort de la France, du moins en ce qui concernait mon appréciation personnelle de cette dernière, dépendait des milieux et cultures français hors Paris.
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       Le voyage en voiture du vendredi soir comme tel n’est pas hyper intéressant. Après l’enthousiasme ressenti à la sortie de Paris puis à la vue des éoliennes plantées au bord de l’autoroute, l’ennui s’installe tranquillement devant le soleil couchant et l’absence de choses à regarder le long des routes. Notre seule source de divertissement consiste en la rare apparition de postes de péage ou de panneaux signalant la présence de radars (suite à quoi tout le monde ralentit de 150-160 km/h à la vitesse légale de 130 km/h). La fatigue de la journée commence à me gagner et je lutte contre mes paupières tombantes par respect pour le conducteur. Un arrêt à la station-service et une collation composée de Pringles vendues au triple du prix régulier a pour effet de me revigorer un peu. Je remarque avec amusement les particularités des stations-service françaises situées sur l’autoroute sur laquelle nous roulons: toujours un restaurant Paul et un petit kiosque de fast-food­, toujours un bon groupe de fumeurs devant l’entrée, et quelques camionneurs d’Europe de l’Ouest ou de l’Est échangeant quelques histoires. Et, bien sûr, le coût exorbitant de l’essence.
       La nuit tombe vers 22h00 et nous prévoyons arriver vers 01h00. Yannick est un conducteur concentré et je dois compter sur mon travail de DJ pour me garder occuper. Nous arrivons en Charente. Lentement mais surement, le temps passe et nous finissons par prendre une sortie qui nous mène à une route en direction d’Angoulême. En chemin, nous commençons à croiser des villages; nous passons même à côté d’une prison (!) et par la ferme de tabac où Yannick a travaillé pendant plusieurs étés. Enfin, d’anciennes demeures glauques se dressent chaque côté de nous. Nous sommes à Angoulême. Pour plusieurs, les vieilles portes grinçantes et les volets bougeant doucement au vent dans cette noirceur presque opaque signaleraient le début d’une horrible soirée; pour une passionnée de vieille architecture et de romans gothiques comme moi, l’arrivée dans de paysage lugubre me donna l’envie irrépressible de me frotter les mains et de sortir mon appareil-photo. A peine sommes nous stationnés que je bombarde les rues étroites avec mon flash. Nous arrivons devant la maison de nos hôtes au bout de quelques minutes – une maison de ville construite à la mode des années 1400 ou 1500, c'est-à-dire étroite et sur trois étages. J’adore! Nous sommes accueillis par Cécile, Michael et leurs gentils et très affectueux chats Winnie et Joe. Après avoir fait connaissance autour d’une bonne tasse de thé à l’anglaise (avec un nuage de lait), nous nous dirigeons vers le confortable lit que l’on nous avait préparé dans le salon rustique. Nous nous endormons profondément, les deux chats somnolant à nos pieds. 
       Le lendemain matin, le ventre rempli de viennoiseries et de bon thé, nous partons explorer Angoulême. De jour, la ville n’est pas du tout la même: glauque et inquiétante dans l’obscurité, la commune datant du Moyen-âge s’avère charmante, tranquille, lumineuse et manifestement riche en histoire et en styles architecturaux. J’ai perdu le compte des photos que j’ai prises ce jour-là; je peux seulement dire qu’Angoulême m’a séduite. Ses vieilles maisons avec fenêtres à volets et portes cachant mille histoires, ses remparts avec vue sur les communes en bas, ses rues commerciales étroites et charmantes, ses églises et son hôtel de ville ornés de gargouilles et de fioritures, ses marchés de produits locaux et savoureux, et, surtout, sa tranquillité ont fait d’elle ma ville préférée en France jusqu’à maintenant. Assise dans une succursale de la chaîne de restauration rapide Quick, je mangeais sans trop d’appétit mon menu en pensant à mon éventuel départ. Je m’étais déjà attachée à la tranquille cité ainsi qu’à nos chers hôtes. La palme de la véritable séductrice revient par contre sans doute à Winnie qui, avec ses ronrons, ses caresses et ses bisous de chat, m’a apaisée jusqu’au plus profond de mon être. C’est vraiment à contrecœur que j’ai quitté Angoulême. Pauvre La Rochelle, la barre allait être haute! 
       En milieu d’après-midi, nous prenons une route de campagne pour aller vers La Rochelle, histoire d’agrémenter notre route en croisant des petits villages, des fermes, des collines et de vieux arbres. Alors que nous arrivons en Charente-Maritime, le ciel se couvre, et les toits orange des maisons de la région, surement très joyeux sous un fort soleil, sonnent faux sous les nuages porteurs de mauvais temps. Je regarde les bâtiments avec une moue dégoûtée et je songe à Angoulême avec nostalgie. Une fois arrivée, j’ai cependant le plaisir de rencontrer les cousins de Yannick et leurs copines, qui nous attendaient tous chez Clément, un des cousins. Nous nous dirigeons vers une épicerie locale pour faire nos provisions en bière et en bouffe pour la soirée et pour la journée à la plage prévue le lendemain, puis nous partons vers le vieux La Rochelle. Plus touristique et achalandée que la capitale charentaise, même sous la pluie, La Rochelle réussit à me charmer avec son vieux secteur, complet avec un vieux port et de grandes tours en pierre. Nous prenons une bière dans un bar sympathique, puis nous dînons (soupons) dans un restaurant près du vieux port. Les cousins me mettent au défi de reprendre la scène du restaurant dans le film Bienvenue chez les Chtis en commandant avec un accent québécois intense. Je réussis à déstabiliser le serveur un peu avec mon meilleur accent gaspésien-chicoutimien hybride, mais il trouve des stratégies pour me faire répéter. Par respect pour ma maman qui est la Brigitte Bardot des canards, je ne commande rien avec du canard (ce qui me laisse environ trois choix) et je ne goûte que de très petits échantillons de magret et de confit du pauvre oiseau. Le premier est délicieux ; le second me déplait. Je goûte aussi du Pineau des Charentes, que je trouve excellent. Nous finissons la soirée dans une jolie maison d’été; la fête est marquée par la dégustation d’une bonne bière locale, l’Angoulême 2011, et par un décompte (suivi d’une série de bises) pour mon anniversaire qui commençait à minuit ce soir-là.

       Le lendemain, les troupes se rendent à la plage après un moment de préparation post-fête un peu chaotique. La Rochelle est resplendissante sous le soleil, qui donne aux maisons blanches et aux toits orangé tout leur éclat. Nous arrivons à la plage de Châtelaillon, une jolie plage de sable donnant sur les îles de Ré et d'Oléron et, au loin... l'Amérique! Ses résidences d'été me rappellent un peu la Floride. Décidément, les paysages, la culture et l'architecture français sont beaucoup plus variés que ce à quoi je m'attendais. Sur la plage, des gens se font bronzer au soleil pendant que leur pauvre chien attaché à un parasol regarde avec envie les gens qui s'amusent avec des ballons de plage et des planches à voile sur roues. Notre groupe est rassemblé autour d'un pique-nique que l'on déguste au son des artistes prisés par radio Nova. Après avoir mangé, j'en profite pour marcher un peu sur la plage, tremper mes pieds dans l'eau, récupérer quelques coquillages et, enfin, pour m'étendre sur ma serviette, les deux pieds dans le sable chaud, le sourire aux lèvres. Nous quittons les lieux en milieu d'après-midi. Je dis au revoir aux cousins que je reverrai un jour, mais pas dans quelques mois. Yannick et moi repassons par le vieux port de La Rochelle, histoire de me permettre d'immortaliser ses tours de pierre anciennes, ses bateaux et ses façades sous l'effet d'une météo plus clémente. Nous avons même la chance de voir des artistes de rue peindre des murs désignés de graffitis les plus originaux les uns que les autres. Nous repartons avons 4 ou 5 heures de route devant nous. Alors que l'on croise Poitiers, Tours, Orléans, etc, je constate que la France commence à me plaire. Paris nous accueille avec des embouteillages, et c'est ainsi prise en otage que je vois pour la première fois la Tour Eiffel au loin.     

Les Champs-Elysées: l'avenue qui rend fou

Le début de l'avenue des Champs-Élysées
6 mai

       Je ne savais pas trop quoi faire ce vendredi après-midi là. J'étais arrivée une heure en retard au travail de Yannick (temps de trajet mal estimé, autobus attendu pendant 25 minutes, descente au mauvais arrêt, etc.) et j'avais le sang qui bouillonnait dans mes veines pour l'heure de dîner qui nous restait. Premièrement, je ne supporte pas les retards, encore moins un retard de ma part et un retard d'une heure de surcroit, et, deuxièmement, le jet lag commençait à me rattraper et à me ronger les nerfs. Désireux de me faire découvrir une portion de Paris tout en me permettant de relaxer me faisant prendre un trajet pas du tout compliqué dont le point de départ était tout près et facile à trouver (une bonne intention, donc), Yannick me suggère de prendre le métro à la station Pont-de-Neuilly et de sortir à Charles-de-Gaulle-Étoile, histoire de faire l'avenue des Champs-Élysées, de l'Arc de Triomphe jusqu'à la station Champs-Élysées-Clémenceau.
       A ma sortie du métro, je constate avec surprise que je suis à côté de l'Arc de Triomphe. Hé oui, j'avais déjà oublié! Je prends quelques photos du célèbre monument et j'amorce mon trajet sur l'avenue. Je réalise rapidement qu'il y a beaucoup de monde et qu'il fait chaud... mais ça va. Je regarde d'un air amusé les grandes enseignes comme Guerlain, Louis Vuitton et cie, je marche traquillement... du moins j'essaie, car la rue est vraiment surchargée de touristes... des familles impatientes, des jeunes impolis, des couples pressés. Plus ça va, plus on se croirait à un concert rock. Non mais! Le soleil commence vraiment à m'affecter, d'autant plus que je porte une veste et des leggings en plus de ma robe d'été parce qu'on ma dit que les filles devaient se couvrir plus qu'à Montréal à Paris et en région parisienne... J'ai chaud, j'ai soif; je grignote un peu mon sandwich, je bois un peu d'eau, mais rien n'y fait. Le tourbillon de monde m'entraîne dans une spirale de malaise.
       Puis, de l'autre côté de la rue, la maison Ladurée me sourit. Je traverse la rue avec avidité, seulement pour me retrouver dans une boutique somptueusement décorée certes, mais remplie d'un nombre de touristes presque supérieur au nombre de macarons disponibles dans les présentoirs. Haussant les épaules, je me résigne à prendre quelques photos de la célèbre boutique, mais dès la prise de la seconde photo, un commis me jappe après de derrière le comptoir: "Pas de photos, mademoiselle!" Le tout accompagné d'un regard désapprobateur du genre "Non mais ça va pas la tête!?!?" Je me précipite hors de Ladurée, honteuse et déçue, et je poursuis ma promenade la tête basse. Puis, la boutique de thé Kusmi Paris me sourit. J'y suis reçue avec un sourire, une permission de prendre des photo, des conseils et un petit verre de thé. Je prends mon temps pour contempler les étalages infinis de boites Kusmi de toutes formes et couleurs, et je me fais plaisir avec une grosse boîte de Darjeeling Makaibari bio, après avoir hésité entre celui-là et le Darjeeling n°37. C'est donc presque zen que je ressors de la boutique, mais l'effet est éphémère... soudainement, il y a vraiment juste trop de boutiques, trop de gens, trop d'autos, de 2 roues et de camions de livraison... et zut alors, j'ai chaud et je suis fatiguée et je commence à avoir mal aux pieds. Je me rends tant bien que mal au parc au bout de la rue et je m'effondre sur un banc. Je dépose mon joli sac Kusmi. Le temps s'arrête. Le soulagement est tel que, combiné à mon épuisement (un peu moins de deux heures passées sur l'avenue sous le soleil et dans la foule...) et à mon désir de rentrer, je me retrouve sur le bord des larmes et de la crise de nerfs. JE DÉTESTE PARIS! JE VEUX RENTRER! JE VEUX ME COUCHER! J'EN PEUX PLUS! Après une brève pause, j'ai un peu repris mes forces et je me dirige vers la station de métro de destination le cœur un peu plus léger, en constatant au passage la présence du Grand Palais tout près (à visiter un autre jour).
       Le trajet en métro se passe bien pour moi, mais deux passagers n'y trouvent pas autant leur compte - l'un heurte accidentellement l'autre et s'excuse, l'autre crie un "Aille!" théâtral et s'offusque devant ce simple "Pardon." S'ensuit ensuite un "Putain, mais je vous ai dit pardon, qu'est-ce que vous me voulez, bordel!!!" et une série de répliques toutes aussi colorées. Je suis partagée entre le sentiment de divertissement touristique et l'indifférence qu'on ressent après une longue journée. Enfin, j'arrive à la gare Saint-Lazare. Dans le train, on est tassés comme des sardines et il fait très chaud. Je compte les stations et j'arrive à la gare de Colombes tellement heureuse que j'ai envie d'embrasser le sol. Je remonte la rue Saint-Denis; ses petites boutiques et son achalandage réduit comble mon besoin de paix et de relaxation. J'arrive à la "maison" après 10-15 minutes de marche tranquille. Le moment de calme tourne alors à nouveau au drame quand je me vois incapable de déverrouiller la porte. Pendant 10 minutes, je tourne et retourne la clé dans la serrure, je tire et pousse sur la porte, je rentre dedans avec toutes mes forces, je sonne comme une débile - personne n'est là. Je m'effondre par terre, je me relève, puis je commence à sauter sur place en criant tous les jurons français qui me passent par la tête. Presque résignée à subir mon sort de fille enfermée à l'extérieur, je tourne à nouveau la clé avec un peu plus de force sous l'émotion, ce qui a pour effet de tirer sur la porte et de permettre qu'elle se déverrouille. Incrédule, je sors la clé, je la regarde, puis je rentre, trop contente, accueillie par un chat confus. Je m'effondre sur le lit, soulagée.
      Plus tard, la famille me confirme que l'avenue des Champs-Élysées est sans doute la pire expérience à Paris, qu'elle est si insupportable (peu importe l'heure, mais surtout un vendredi après-midi ensoleillé) que bon nombre de Parisiens n'y magasinent même pas et y préfèrent les agglomérations de grandes boutiques qu'on peut trouver dans les quartiers plus discrets. Je peux vous dire, chers lecteurs, que le départ vers la Charente ce soir-là était des plus bienvenus.

Friday, 6 May 2011

Les deux premiers jours

Vue de "mon" balcon à Colombes
Jour 1 - 4 mai
       Je suis arrivée à Colombes la veille (3 mai) vers midi. Le vol s'est bien passé: je me suis endormie! Quand je me suis réveillée, on atterrissait dans une heure et demie. Pas de problèmes avec les valises, pas de cadeaux cassés, pas de trafic sur l'autoroute :) J'ai été très bien accueillie à Colombes (sauf par Kitty le chat grognon) et j'ai passé mon avant-midi à m'installer et à emballer mes paquets cadeaux: confitures, miel de fleur de bleuet et thés pour la belle-maman; friandises et fondant à l'érable et baume lèvres naturel local de fabrication artisanale pour la belle-soeur; whisky à l'érable, chocolat et beans à l'érable Clark (eh oui, des beans à l'érable, il aime ça) pour Yannick, et cidre de glace pour papi et mamie. Tout a été très apprécié :) Après le dîner en famille, j'ai pu me promener un peu dans Colombes et rencontrer quelques bons amis de Yannick (enfin, depuis le temps que j'en entendais parler!). J'ai passé une belle soirée, mais je me suis sentie un peu perplexe en me couchant: je n'étais pas du tout dépaysée! Certes, j'ai remarqué des différences: les rues plus étroites, les gens qui conduisent vite et près des autres (ça passe serré des fois!), l'abondance de Peugeot, de Citroen, de Renault et de Mercedez, l'architecture différente... et les toilettes différentes et le papier hygiénique qui est souvent rose!!! Mais, principalement, je me sentais dans une autre ville, mais pas nécessairement "en France". Le fait que j'habite en famille, que tout soit affiché en français, etc, cela doit faire en sorte que je me sente en terrain familier... Ce n'est pas l'accent français qui va me choquer ou me dépayser; je l'entends souvent à Montréal, et surtout dans mon quartier universitaire!  Mais bon, bref, si je suis bien, tant mieux! Demain, ce sont les courses essentielles à Paris (on peut tout acheter au Monoprix et à la pharmacie à Colombes, mais je veux acheter des produits Melvita à leur première et toute nouvelle éco-boutique... à Paris! Quelle coïncidence!) qui sont à l'horaire - dépaysement garanti? C'est ce qu'on va voir!


Eco-boutique Melvita - 96, rue de Rennes, Paris
(http://www.melvita.fr)
Jour 2 - 5 mai
       Je n'ai pas eu de difficulté à m'endormir; par contre, le réveil a été dur! Même à 12:35 hihi! Après un bon déjeuner et une bonne conversation, Anne et moi partons à 15:30. Premier arrêt: la gare de Colombes. Anne m'aide à acheter ma passe mensuelle - pour 78 euros, on peut prendre le train, le métro et le bus. Le trajet en train est très agréable. Il fait soleil mais pas trop chaud, le train ne bouge pas de manière saccadée, il n'y a pas trop de monde, et en 10 minutes, on est à la gare Saint-Lazare à Paris. Boum! Explosion de monde sur les quais! On me bouscule deux fois sans qu'on s'excuse. Bien sûr, moi je m'excuse à chaque fois par réflexe! Au lieu de me fâcher, je prends ces bousculades en riant, en me disant que je vis l'expérience parisienne authentique - mais attention, le prochain qui me fonce dedans subira ma colère... hihi! De la gare Saint-Lazare, on prend la ligne 12 et on sort à la station Rennes. Quand le métro n'est pas trop achalandé, comme c'était le cas ce matin-là, c'est une expérience assez agréable si on apprécie l'histoire des transports. Le métro de Paris date de 1900 et, bien que tout ne soit pas comme neuf, ses stations présentent des décorations plus élaborées et plus intéressantes que celles du métro de Montréal, qui date des années 1960. Certaines stations me donnaient l'impression d'être des pièces de musée! Autre truc différent: les portes du métro ne s'ouvrent pas toutes seules! Il faut tourner la poignée et ouvrir la porte de son choix, sans quoi le métro repart sans nous!
       Bref, station Rennes, destination: l'Eco-Boutique Melvita! C'était déjà ma boutique préférée avant même que j'y mette les pieds: située dans un local certifié éco-énergétique, elle représente les produits naturels et bio fabriqués par Melvita, entreprise française (sud-est de la France) qui a une politique écologique stricte et qui œuvre pour la préservation de l'environnement et des abeilles :) Je vais vous épargner les détails, pauvres lecteurs qui ne sont sans doute pas aussi enthousiastes envers ce type de produits, et je vais me contenter de vous raconter que j'ai passé une bonne demi-heure à regarder, toucher et sentir les crèmes et savons et beurres corporels tous aussi merveilleusement naturels les uns que les autres. Les vendeuses étaient hyper gentilles et zen, l'endroit était vraiment joli, et je suis ressortie de la boutique avec des provisions pour l'année et un sourire impossible à estomper! Après cet arrêt au paradis des produits dermo-cosmétiques bio, Anne et moi avons visité le quartier un peu. J'ai pu voir l'architecture parisienne typique du quartier, beaucoup de petites autos et de 2 roues, des cafés (avec les petites tables rondes et les chaises typiques) et des petits chiens poilus (hihihi!!!), ainsi qu'une une variété de petits commerces, et j'ai visité La Grande Épicerie, une épicerie gourmet parfaite pour acheter des produits de luxe et des cadeaux ou tout simplement admirer des étalages infinis de thés, de pâtes, de friandises, de produits importés, etc. La tentation de remplir son panier d'épicerie a été freinée par le ratio des prix exagérés versus le petit portefeuille de Julie...

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Café parisien avec petits chiens parisiens :)
       Une fois la visite terminée, nous étions déjà en fin d'après-midi et nous devions rejoindre Yannick, alors nous avons repris le métro ligne 12 station Rennes - cette fois, le métro était bondé de monde. Il faisait chaud, on était tassés comme des sardines, c'était suffoquant. Je comptais les stations ou plutôt les dernières secondes avant un évanouissement certain lorsque nous sommes arrivés à la station Concorde. Changement de ligne, ligne 1 - cette ligne est beaucoup plus moderne, avec des murets anti-suicide en verre et des portes automatiques. Elle était aussi un peu moins achalandée, dieu merci! Nous sortons à Les Sablons et entrons dans Neuilly-sur-Seine, la commune française la plus riche. Les bâtiments, les habits des gens (en général) et les voitures qu'on y voit confirment cette information. Tout est évidemment très joli et luxueux, mais je ne peux pas dire que je me sentais à ma place en t-shirt et en jeans. Évidemment, Yannick sort de sa boite en chemise/cravate/beau souliers/mallette et cie, et j'ai encore plus envie de me cacher! Mais bon, en vrai français, il est capable de me convaincre que je n'ai pas l'air d'une touriste perdue et qu'il est content de me voir. On termine l'après-midi avec une petite marche dans Neuilly, vers le quartier des affaires de La Défense (qui se démarque par ses hautes tours en verre modernes) et on rentre ensuite pour se préparer pour le rendez-vous dîner avec les grand-parents. J'ai adoré cette soirée passée avec ceux deux personnes charmantes, chaleureuses, accueillantes, intéressantes et intéressées, et munies d'un sens de l'humour hors pair et un talent indéniable pour raconter des histoires avec passion et émotion. On a parlé de plats français traditionnels, de vins, de porto, de cuisine québécoise, de l'histoire de leur rencontre, de la 2e guerre mondiale, de nos familles, de l'architecture, des camps pour et contre la Tour Eiffel, et j'en passe! Ils étaient heureux et émus de me rencontrer et c'est en me prenant dans leur bras qu'ils ont invité leur "nouvelle petite fille" à venir visiter "papi et mamie" quand je le désirais. Ils ont très hâte de goûter leur bouteille de cidre de glace, un produit typiquement québécois que je leur ai offert en cadeau (et qu'ils ne connaissaient pas, mais qu'ils ont apprécié dès qu'ils ont su que c'était alcoolisé) avec moi. Bref, la soirée s'est bien passée, et j'ai un papi et une mamie français en plus de mes chers grands-parents québécois!