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| Le début de l'avenue des Champs-Élysées |
Je ne savais pas trop quoi faire ce vendredi après-midi là. J'étais arrivée une heure en retard au travail de Yannick (temps de trajet mal estimé, autobus attendu pendant 25 minutes, descente au mauvais arrêt, etc.) et j'avais le sang qui bouillonnait dans mes veines pour l'heure de dîner qui nous restait. Premièrement, je ne supporte pas les retards, encore moins un retard de ma part et un retard d'une heure de surcroit, et, deuxièmement, le jet lag commençait à me rattraper et à me ronger les nerfs. Désireux de me faire découvrir une portion de Paris tout en me permettant de relaxer me faisant prendre un trajet pas du tout compliqué dont le point de départ était tout près et facile à trouver (une bonne intention, donc), Yannick me suggère de prendre le métro à la station Pont-de-Neuilly et de sortir à Charles-de-Gaulle-Étoile, histoire de faire l'avenue des Champs-Élysées, de l'Arc de Triomphe jusqu'à la station Champs-Élysées-Clémenceau.
A ma sortie du métro, je constate avec surprise que je suis à côté de l'Arc de Triomphe. Hé oui, j'avais déjà oublié! Je prends quelques photos du célèbre monument et j'amorce mon trajet sur l'avenue. Je réalise rapidement qu'il y a beaucoup de monde et qu'il fait chaud... mais ça va. Je regarde d'un air amusé les grandes enseignes comme Guerlain, Louis Vuitton et cie, je marche traquillement... du moins j'essaie, car la rue est vraiment surchargée de touristes... des familles impatientes, des jeunes impolis, des couples pressés. Plus ça va, plus on se croirait à un concert rock. Non mais! Le soleil commence vraiment à m'affecter, d'autant plus que je porte une veste et des leggings en plus de ma robe d'été parce qu'on ma dit que les filles devaient se couvrir plus qu'à Montréal à Paris et en région parisienne... J'ai chaud, j'ai soif; je grignote un peu mon sandwich, je bois un peu d'eau, mais rien n'y fait. Le tourbillon de monde m'entraîne dans une spirale de malaise.
Puis, de l'autre côté de la rue, la maison Ladurée me sourit. Je traverse la rue avec avidité, seulement pour me retrouver dans une boutique somptueusement décorée certes, mais remplie d'un nombre de touristes presque supérieur au nombre de macarons disponibles dans les présentoirs. Haussant les épaules, je me résigne à prendre quelques photos de la célèbre boutique, mais dès la prise de la seconde photo, un commis me jappe après de derrière le comptoir: "Pas de photos, mademoiselle!" Le tout accompagné d'un regard désapprobateur du genre "Non mais ça va pas la tête!?!?" Je me précipite hors de Ladurée, honteuse et déçue, et je poursuis ma promenade la tête basse. Puis, la boutique de thé Kusmi Paris me sourit. J'y suis reçue avec un sourire, une permission de prendre des photo, des conseils et un petit verre de thé. Je prends mon temps pour contempler les étalages infinis de boites Kusmi de toutes formes et couleurs, et je me fais plaisir avec une grosse boîte de Darjeeling Makaibari bio, après avoir hésité entre celui-là et le Darjeeling n°37. C'est donc presque zen que je ressors de la boutique, mais l'effet est éphémère... soudainement, il y a vraiment juste trop de boutiques, trop de gens, trop d'autos, de 2 roues et de camions de livraison... et zut alors, j'ai chaud et je suis fatiguée et je commence à avoir mal aux pieds. Je me rends tant bien que mal au parc au bout de la rue et je m'effondre sur un banc. Je dépose mon joli sac Kusmi. Le temps s'arrête. Le soulagement est tel que, combiné à mon épuisement (un peu moins de deux heures passées sur l'avenue sous le soleil et dans la foule...) et à mon désir de rentrer, je me retrouve sur le bord des larmes et de la crise de nerfs. JE DÉTESTE PARIS! JE VEUX RENTRER! JE VEUX ME COUCHER! J'EN PEUX PLUS! Après une brève pause, j'ai un peu repris mes forces et je me dirige vers la station de métro de destination le cœur un peu plus léger, en constatant au passage la présence du Grand Palais tout près (à visiter un autre jour).
Le trajet en métro se passe bien pour moi, mais deux passagers n'y trouvent pas autant leur compte - l'un heurte accidentellement l'autre et s'excuse, l'autre crie un "Aille!" théâtral et s'offusque devant ce simple "Pardon." S'ensuit ensuite un "Putain, mais je vous ai dit pardon, qu'est-ce que vous me voulez, bordel!!!" et une série de répliques toutes aussi colorées. Je suis partagée entre le sentiment de divertissement touristique et l'indifférence qu'on ressent après une longue journée. Enfin, j'arrive à la gare Saint-Lazare. Dans le train, on est tassés comme des sardines et il fait très chaud. Je compte les stations et j'arrive à la gare de Colombes tellement heureuse que j'ai envie d'embrasser le sol. Je remonte la rue Saint-Denis; ses petites boutiques et son achalandage réduit comble mon besoin de paix et de relaxation. J'arrive à la "maison" après 10-15 minutes de marche tranquille. Le moment de calme tourne alors à nouveau au drame quand je me vois incapable de déverrouiller la porte. Pendant 10 minutes, je tourne et retourne la clé dans la serrure, je tire et pousse sur la porte, je rentre dedans avec toutes mes forces, je sonne comme une débile - personne n'est là. Je m'effondre par terre, je me relève, puis je commence à sauter sur place en criant tous les jurons français qui me passent par la tête. Presque résignée à subir mon sort de fille enfermée à l'extérieur, je tourne à nouveau la clé avec un peu plus de force sous l'émotion, ce qui a pour effet de tirer sur la porte et de permettre qu'elle se déverrouille. Incrédule, je sors la clé, je la regarde, puis je rentre, trop contente, accueillie par un chat confus. Je m'effondre sur le lit, soulagée.
Plus tard, la famille me confirme que l'avenue des Champs-Élysées est sans doute la pire expérience à Paris, qu'elle est si insupportable (peu importe l'heure, mais surtout un vendredi après-midi ensoleillé) que bon nombre de Parisiens n'y magasinent même pas et y préfèrent les agglomérations de grandes boutiques qu'on peut trouver dans les quartiers plus discrets. Je peux vous dire, chers lecteurs, que le départ vers la Charente ce soir-là était des plus bienvenus.


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